Avant de se lancer dans la sculpture sur métaux précieux, Philippe Tournaire a essayé de comprendre le monde. A chaque voyage à Paris, il passait de longues heures au Musée de l’Homme, Place du Trocadéro. Sa fascination le poussait à comprendre comment, les premiers hommes, arrivaient à façonner des objets selon des méthodes primitives (et à les transformer en parures et autres ornements...)
Aujourd’hui, Philippe ne va pas hésiter à utiliser des techniques ancestrales, pour réaliser des bijoux sculptés main, tout en y incorporant un zeste de modernité utilisant les nouvelles technologies, le tout donnant au produit final un rendu incomparable....
Il se félicite de ne pas avoir appris le métier ; une chance qui lui a donné une totale ouverture d’esprit. D’autant plus étonnant que Philippe est diplômé en électronique. Pendant une dizaine d’années, il travaille seul dans une cave abandonnée qu’il aménage en atelier. Comme il le dit modestement « n’ayant pas d’obligation de rentabilité, j’ai pu m’exprimer comme je ressentais les choses avec une très grande liberté d’expression ». Ce parcours initiatique en navigateur solitaire ponctué par des voyages en Europe, Afrique, Moyen Orient et aux USA l’a imprégné de savoir-faire traditionnels et de modernité, qui nous permet de mieux saisir l’originalité de son œuvre joaillière dont les débuts remontent à 35 ans.
« Au début je ne voulais pas travailler l’or. Mes premières pierres étaient des galets. Puis un pétrolier eut une idée originale. A chaque plein d’essence on recevait une pierre fine. Ces pierres je les ai utilisées dans mes premiers bijoux que j’ai fais pour des amis et puis le bouche à oreille s’est mis en route. Les amis de mes amis m’ont demandé de réaliser des alliances, médailles, bagues de fiançailles... Les commandes venaient régulièrement et commençaient à dépasser ma capacité de production. J’ai logiquement eu l’envie de m’exposer, d’avoir une vraie vitrine afin que plus de personnes aient accès à mes créations. J’ai décidé alors en 1984 d’ouvrir une boutique à Montbrison qui est proche de mon village natal.
Pendant cette période, j’ai aussi exposé dans des salons d’Art Contemporain, en particulier à Paris, en Belgique et en Allemagne. Le contact avec d’autres créateurs a été très bénéfique et m’a obligé à rompre avec la « solitude du créateur de fond » et à me surpasser ».
A Montbrison, ville proche de Saint-Etienne le style original et unique de Philippe lui a assuré une clientèle de fidèles. La renommée a vite fait de s’étendre au-delà de la région. Philippe décide de poursuivre l’expérience et ouvre son deuxième magasin à Lyon. Plusieurs expositions dans des salons spécialisés le font découvrir à la clientèle parisienne et internationale, clientèle exigeante, à la limite blasée, toujours en recherche de nouveauté et de perfection. Paris lui apportera aussi la médiatisation. Philippe Tournaire par sa simplicité, son charisme et bien sûr son talent, devient la cible des journalistes de la presse féminine en quête perpétuelle « d’autre chose ».
Cette médiatisation bien méritée, lui permettra d’ouvrir un troisième magasin à l’adresse prestigieuse Place Vendôme. Un rêve, un aboutissement, pas tout à fait car il lui reste le monde à conquérir, un monde à la recherche d’une joaillerie vraie au sens le plus noble du terme à la rencontre des amateurs proche de sa propre sensibilité en quête d’authenticité. La Place Vendôme est pour Philippe Tournaire l’ouverture sur un monde qu’il est désireux de pouvoir séduire.
2006 sera l’épreuve du feu puisque pour la première fois il se confrontera à la concurrence internationale en exposant au Salon de Bâle en Suisse, la plus grande rencontre mondiale de la bijouterie-joaillerie. Toute autre personne serait angoissée par ce nouveau défi, Philippe lui reste serein car il poursuit ses rêves en artiste qu’il est et qu’il a toujours été. Une sérénité renforcée par la demande croissante de ses créations par une clientèle internationale.
Définir le travail de Philippe, aujourd’hui entouré d’une vingtaine de personnes, n’est pas chose facile. Comment décrire l’œuvre d’un créateur sans le trahir ? Ses bijoux parlent pour lui - mieux que lui ils résument sa démarche première : la mise en valeur des pierres de caractères. Il faut voir Philippe à genoux à même le sol dans son atelier entouré de centaines de pierres fines et précieuses, cherchant le mariage idéal des couleurs, des assemblages insolites, la juxtaposition de l’éclat et le contraste de la brillance et du poli mat. Il est heureux comme un gamin à qui l’on vient d’offrir un jeu de cube. Les pierres méticuleusement sélectionnées, se côtoient, prennent forme et s’architecturent dans sa tête. Elles s’imbriqueront dans des volumes où chaque pierre trônera sur son piédestal, l’ensemble donnant naissance à des bagues ou des pendentifs, médailles, bracelets, l’essentiel de son travail.
Ecouter Philippe parler de ses précieux cailloux comme de ses enfants c’est se laisser emporter par des comtes et légendes qui sont du baume au cœur dans un monde de plus en plus matérialiste et virtuel.
La poésie existe aussi en joaillerie. Philippe Tournaire en est la plus belle preuve.