La continuité différente

Je remercie tous mes clients, des plus modestes aux plus aisés, qui m'ont accordé leur confiance... et permis de réaliser cette histoire.

Pérennité familiale

Ensuite, Mathieu nous a rejoints en 2007. Il faut dire qu’avec son frère Romain, ils avaient passé leur enfance dans l’atelier. Plus tard après ses études, il venait très souvent faire des bijoux dès qu’il avait un moment, il y prenait beaucoup de plaisir et un jour, il m’a demandé : « J’aimerais bien faire des bijoux, qu’en penses-tu ? ». Je n’y étais pas opposé, il le savait, mais je lui ai expliqué les difficultés qu’il pourrait rencontrer, toujours comparé, toujours le fils de… Mais il a accepté le challenge. Quand j’en ai parlé à Fred, il m’a dit très intelligemment : « Pourquoi pas, c’est une bonne idée à condition qu’il n’entre pas tout de suite dans la boîte. Il faut qu’il aille ailleurs d’abord, pour se légitimer et ne pas venir en tant que le fils du patron ». Il est allé faire un an à Lyon dans une entreprise où il a beaucoup appris. Il est revenu ensuite et je savais que ça ne pouvait que marcher car il est né, a grandi à l’atelier. Travaillant avant dans l’enseignement, il venait déjà travailler à nos côtés tous les mercredis et il s’est très vite intégré à l’équipe. Il n’a jamais pris personne de haut, bien au contraire, il savait qu’il devait être encore plus exemplaire que toute autre personne s’il voulait être pris au sérieux. Il a des idées, est de plus en plus créatif et il met beaucoup d’énergie pour concrétiser ses projets. Il donne de sa personne, voyage beaucoup, il fait vraiment du très bon travail.

La passion héréditaire de Mathieu Tournaire 

Je suis tombé dans l’atelier quand j’étais petit. Mes premiers souvenirs marquants avec mon père sont ceux où nous étions à la boutique, rue Tupinerie. Je me rappelle quand je réalisais mes premiers bijoux ou quand je jouais avec les pierres de couleurs. Il y avait aussi des moments où mon père me laissait tâtonner avec les cailloux précieux à la recherche d’harmonies de couleurs pour des bijoux.

Mais il y a aussi les voyages qui m’ont marqué. Avec mon père et mon frère, on a beaucoup baroudé avec un minibus Volkswagen dans lequel on dormait. C’était des vacances à la « roots », on s’arrêtait où on voulait et on se lavait quand on pouvait. Ça a été une chance énorme car j’ai beaucoup appris, c’était une autre manière de voyager que d’aller dans des hôtels où tout est propre et bien rangé, là il fallait se débrouiller avec et dans la nature. En voyage, mon père nous obligeait toujours à visiter les églises et les musées. Ce qui ne nous intéressait pas forcement quand on était petits. Et puis au bout d’un certain temps, cela devenait naturel d’aller voir les monuments tout seul. Aujourd’hui, je n’imaginerais pas aller dans un pays étranger sans en découvrir la culture et le patrimoine. Grâce à ces voyages, ma mère et mon père ont réussi à me transmettre leur goût pour les édifices historiques et à m’enseigner une vision du monde différente. Ce sont aussi des passionnés d’histoire et de sciences, ils sont très pédagogues, ils adorent expliquer, montrer les choses et surtout transmettre un savoir.

Je me souviens particulièrement d’un de ces moments de découverte qui m’a marqué, c’était lors d’un salon « Maison et Objet » à Paris. Il y avait une sculpture en métal dont la surface était fissurée, mais on voyait que c’était l’artiste qui avait reproduit cet effet. Mon père m’a alors expliqué : « Tu vois, quand tu essayes de reproduire une cassure sur du métal, tu n’arrives jamais à faire comme si elle était naturelle car tu la reproduis de manière artificielle ». C’est la même chose quand on fait un bijou, parfois il faut laisser faire le hasard. S'il y a une belle cassure, ça peut donner du style, témoigner de l’empreinte du temps. Ce défaut naturel, il faut le laisser car il est unique et ne pourra pas être reproduit par la main de l’homme.

Depuis tout gamin, je faisais des bijoux pour m’amuser à l’atelier pendant que mon père travaillait. Mais je n’ai jamais envisagé d’en faire mon métier, d’ailleurs personne ne m’a poussé. Et puis on a souvent envie de faire ses propres expériences, de trouver une voie différente de celle de ses parents. Après mon Bac, que j’ai eu à Montbrison, j’ai fait une maîtrise d’histoire puis une licence d’anthropologie à l’université afin de devenir professeur. J’ai suivi des cours sur l’Amérique latine qui m’ont passionné, et qui m’ont amené un peu plus tard à apprendre le portugais, la capoeira et à partir plusieurs fois au Brésil, un pays dont je suis tombé amoureux. L’université m’a permis d’acquérir une ouverture d’esprit, de faire des voyages et de lire beaucoup aussi, ce que je ne faisais pas forcément avant. Ces années m’ont donné l’opportunité d’aller habiter une année en Italie, à Milan, pour valider ma maîtrise. Pendant que je préparais le concours de l’Éducation nationale, j’ai commencé à travailler et je suis parti enseigner le français au Portugal. Je suis ensuite revenu en France pour travailler dans un collège auprès d’élèves handicapés. Avec le recul, cela m’aurait ennuyé de ne pas faire mes propres expériences, de ne pas tâtonner. Celles-ci m’ont servi, je ne regrette pas d’avoir essayé autre chose, je ne me suis fermé aucune porte.

Jusqu’en 2006, je donnais juste un coup de main à l’atelier en parallèle de mon travail, cela me plaisait de bricoler, c’était un simple hobby. Mais à force d’y aller, j’ai pris conscience du plaisir que j’avais d’être dans cet environnement et j’ai décidé d’en faire mon métier. Je me sentais à l’aise dans ce milieu créatif où on marie à la fois le travail manuel et la réflexion autour de nouveaux projets qui s’apparentent à des défis à relever. J’ai alors demandé à mon père si je pouvais travailler avec lui, sa réponse a été : « Il faut commencer par aller travailler ailleurs pour te légitimer ». Je suis donc allé travailler dans un atelier de fabrication traditionnelle de chaînes et d’apprêts à Lyon, pour me former, découvrir d’autres techniques et acquérir plus d’expérience. J’ai travaillé à l’atelier de l’entreprise Verney Dray pour apprendre les bases du métier. J’ai commencé en septembre 2007, je suis resté une année pour ensuite intégrer Tournaire. Comme tout changement de métier, ça a nécessité beaucoup de travail mais cette aventure s’est révélée très enrichissante.

J’avais énormément appris chez Verney Dray, et lorsque je suis arrivé dans l’équipe Tournaire, j’ai commencé à l’atelier. J’ai eu la chance d’être formé par des collègues qui m’ont donné leurs petits secrets, après j’ai développé d’autres techniques moi-même, avec l’expérience que j’avais acquise. Petit à petit j’en suis venu à la création, au fil des rendez-vous avec les clients, des commandes personnalisées et avec le bouche à oreille, je me suis fait connaître. À partir de là, j’ai commencé à créer des bijoux et je contribuais à enrichir les collections. Et j’ai abouti à la création de ma première collection, Lock and Love, en 2013. Ça a été un moment spécial car c’était la première collection complète de l’histoire de Tournaire ; jusqu’à présent on créait des modèles au fur et à mesure qui constituaient ensuite une collection.

L’idée m’est venue petit à petit, et j’ai vraiment commencé à développer le projet pendant l’été 2012, puis la collection est sortie au printemps 2013. J’ai tout de suite cru en Lock and Love, j’avais le soutien de tout le monde et je savais qu’elle avait une signification symbolique forte. Sortir cette collection a été assez intense, j’ai essayé de tout gérer, de la création à la fabrication, en passant par le marketing et la mise en vente. Je me suis rendu compte que c’était une grosse charge de travail mais Lock and Love fut un accomplissement et a marqué un tournant pour moi. Cette collection m’a aidé à passer aux yeux de tous à un statut de créateur plus officiel alors que je n’avais pas forcément cette image. J’ai gagné en crédibilité.

Au moment de la sortie, bien sûr, j’avais peur que la collection ne marche pas, mais je pense que ma plus grosse crainte était d’être comparé à mon père. J’ai une chance énorme de pouvoir faire le travail que j’aime, mais être le « fils de » n’est jamais simple. On est exposé aux critiques, soit ce que je fais est trop ressemblant au travail de mon père, soit mes créations sont trop différentes de l’esprit Tournaire. Ce qui me satisfait avec Lock and Love, c’est la différence par rapport à ce que fait mon père, tout en étant connecté par des codes. Il y a la thématique de l’architecture avec le pont, il y a beaucoup de symboliques sur lesquelles mon père a travaillé et qui se retrouvent différemment dans mes créations. J’aime dire que je me place dans la « continuité différente » du travail de mon père.

Aujourd’hui, je continue à imaginer des modèles de bijoux, avec entre autre My Little White Stone, le solitaire qu’il manquait à la collection Alchimie. Il reprend les codes de la Maison Tournaire : le carré, le triangle et le rond. Et je continue bien évidemment les créations personnalisées que les clients nous demandent. Cela fait quelques années que nous organisons des ateliers de gemmologie à Montbrison, Lyon et Paris pour faire découvrir à nos clients la vision des pierres de la Maison Tournaire. Nous faisons des petits groupes afin de faire manipuler les pierres par les gens qui assistent à nos animations et cela passionne ceux qui y participent.

J’ai la chance de vivre de ma passion, et je peux la pratiquer chaque jour.

Je dis d’ailleurs souvent, « ce n’est pas un travail, c’est une passion ».


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